Histoires de princesse

la princesse à roulette

Il était une fois une princesse, fille d’un roi puissant, à qui il arriva une drôle d’aventure.
Un jour, quand elle était petite, voulant descendre dans le jardin du château elle tomba dans l’escalier et se brisa la colonne vertébrale, du moins c’est ce que dirent les médecins, faute de trouver la vraie raison de cette paralysie. A partir de ce jour elle ne marcha plus. Tous les médecins du royaume se déplacèrent à son chevet, mais aucun ne put la guérir. Après un an d’attente et de soins, le roi son père lui fit fabriquer une chaise à roulettes. A partir de ce jour on l’appela, dans tout le royaume, la princesse à roulettes.
De tempérament optimiste la princesse se fit très bien à son nouvel état. Rieuse, coquine, elle utilisait sa chaise à roulettes pour se déplacer à toute vitesse dans les couloirs du château. Pour l’aider à descendre au jardin son père l’avait confiée à un serviteur, Gamel ( en vérité son vrai nom était Louis mais sa femme s’appelait Gargamelle), une espèce de géant, qui la portait dans ses bras et la descendait au jardin.
Les années passèrent. Tous les ans, la princesse qui grandissait avait une nouvelle chaise à roulettes. En réalité elle recevait deux chaises à roulettes. Une pour l’intérieur du château, avec des pneus lisses pour ne pas faire de bruit et une autre avec des pneus crantés et des freins puissants pour aller au jardin, ou en ville, ou dans la campagne.
Lorsqu’elle allait à la campagne avec Gamel, celui-ci l’accompagnait à cheval. Lorsqu’ils étaient assez loin du château, la princesse demandait à Gamel de la tirer avec son cheval, au pas, puis au trot, ce qui la faisait bien rire. Parfois le cheval allait trop vite et la voiture se renversait. La princesse appelait cet incident « prendre une gamelle », expression encore utilisée aujourd’hui. Jamais elle ne se fit du mal. Gamel redressait la chaise et ils repartaient en riant.
Un jour, il lui arriva une chose curieuse. Une libellule poursuivie par un martin-pêcheur vint se poser sur son bras. Effrayé, le martin-pêcheur fit demi-tour. La libellule fit sa toilette sur le bras de la princesse qui la regarda, émerveillée par ses gros yeux, ses six pattes et ses quatre ailes brillantes alors que elle n’avait que deux jambes infirmes. Admirative elle laissa partir la libellule mais n’en conçut aucune jalousie.
Lorsque la princesse arriva à l’âge de se marier, le roi organisa un grand bal et invita tous les princes du royaume en espérant que parmi eux il s’en trouva un qui voulut bien épouser sa fille.
La princesse, à partir de ce jour ne sortit plus de sa chambre. Elle pleurait tous le jour, sachant bien que ne pouvant pas danser, aucun prince n’accepterait pas de l’épouser. Gamel et sa femme ne savaient plus comment la distraire.
Le soir du bal, la princesse, ferma sa chambre a clé et personne ne put l’en faire sortir, même le roi, très en colère.
Soudain la princesse entendit un léger bruit au carreau de sa fenêtre. Intriguée, elle ouvrit la fenêtre et une libellule vint tourner autour d’elle. Une lueur de plus en plus éblouissante entourait la libellule qui se transforma soudain en une fée aussi grande que la princesse.
La fée dit à la princesse : « Il me semble que j’arrive à temps jolie princesse, je parie que je peux t’aider. Quel est ton problème ? »
La princesse lui expliqua sa paralysie, le bal, le désir de son père de la marier, sa tristesse de ne pouvoir danser.
La fée lui dit : « lève-toi et marche ».
La princesse abasourdie, prit appui sur les bras de son fauteuil, se leva, fit un pas, puis deux et marcha. Elle courut vers la fée et l’embrassa, folle de joie.
La fée la repoussa légèrement et lui dit : « tu vas aller au bal, dans ta chaise à roulette, tu vas attendre qu’un prince vienne t’inviter à danser. Seulement à ce moment là tu te lèveras et iras danser. Si un prince t’invite c’est que son cœur est grand. Tu peux alors lui faire confiance et l’aimer.
C’est ce que fit la princesse.
Elle arriva au bal, dans sa plus belle robe et sa plus belle chaise à roulettes. Son père retrouva son sourire et toute la cour applaudit à son arrivée. Il faut dire que la princesse était très belle et très aimée des habitants du royaume.
L’orchestre commença à jouer. Tous les hommes présents choisirent une cavalière, enfin presque tous. Un prince, parmi les derniers présents, s’approcha alors de la princesse et lui prit la main comme s’il l’invitait à danser. Et il commença à tourner, la princesse tournant autour de lui dans sa chaise à roulettes. C’était à la fois gracieux et joyeux. Tout le monde applaudit.
Au changement de pas, la princesse se leva et son cavalier l’enlaça pour la plus belle valse que l’on ai jamais vu dans le royaume.
Le mariage eut lieu quelques mois plus tard. Ils vécurent heureux mais dans tout le royaume on continua à appeler la princesse à roulettes. Cela ne la gênait pas car son prénom lui déplaisait profondément : elle s’appelait Gertrude.

​Hyppolite Chlorate

la princesse et le hérisson

Il était une fois une princesse, très jeune qui aimait tellement les animaux qu'elle en avait de toutes sortes. Elle avait trois chats : un noir, un blanc et un roux. Elle avait quatre chiens : un Yorkshire qui aboyait sans arrêt, un King Charles débonnaire, un briard dont on ne voyait pas les yeux et un berger allemand qui avait décidé que c'était lui le chef et qui dominait les trois autres, même le briard pourtant plus gros que lui. Elle avait aussi des serins, des perruches, des inséparables dans une grande cage, des pigeons et un perroquet qui s'appelait Arsène et qui criait "Vive le Roi" quand le père de la princesse lui rendait visite. Il y avait aussi des souris, des lapins qu'il n'était pas question de manger.
Toute cette ménagerie déplaisait fort à la Reine et au roi. Ce n'est pas ce qu'ils coûtaient qui les embêtait, le roi était riche. Ce n'était pas le bruit qu'ils faisaient, le château était grand et chacun avait ses appartements. Ce qui les gênait c'était le parfum qu'ils communiquaient à leur fille. Tous ces animaux qu'elle caressait à longueur de journée lui donnaient leurs odeurs. En un mot elle sentait mauvais et pour tout dire elle puait. Voilà.
Aucune remontrance n'avait d'effet. La princesse ne voulait se séparer d'aucun de ses animaux.
Le roi tint conseil avec ses ministres, ses généraux, ses médecins, ses mages, voyants et autres astrologues. Les ministres proposèrent de voter une loi interdisant à la princesse la possession d'animaux : c'est exagéré dit le roi. Les généraux proposèrent de les tuer : trop cruel dit le roi. Les médecins proposèrent de vacciner les animaux, la princesse, et tout le royaume : solution qui ne changera rien au problème dit le roi. Un voyant proposa d'envoûter la princesse et ainsi de la dégoûter des animaux. La solution sembla plaire au roi. Mais cette solution lui fit soudain très peur : et si le voyant utilisait ce pouvoir contre lui ? Il fit mettre le voyant en prison jusqu'à la fin de ses jours.
Après avoir consulté tous ceux qui détenaient un pouvoir dans le royaume et n'ayant pas trouvé de solution il se dit que faire appel au bon sens du peuple lui apporterait peut-être une solution. Il réunit son majordome, ses valets, palefreniers, cuisinières, servantes et jardiniers. De peur de subir le sort du voyant les uns ne dirent rien, les autres défendirent ardemment la princesse. Un seul osa dire que peut-être, en la lavant plus souvent, en lui mettant du parfum les odeurs incommoderaient moins leurs majestés. Le Roi trouva l'idée intelligente et nomma le valet qui avait fait cette suggestion maître d'hôtel.
Dans les jours qui suivirent la princesse fut lavée, frottée, parfumée au moins trois fois par jour. Elle finit par trouver cela insultant, désagréable et surtout cela l'éloignait de ses animaux chéris. Pour échapper au lavage elle se cacha, tantôt dans un placard avec ses chats et leur raconta des histoires, tantôt dans le grand parc avec ses chiens qui courant partout, détournaient l'attention des valets partis à sa recherche et personne ne la trouvait.
Le roi en eut bientôt assez et fit passer un message dans tout le royaume. Celui qui arriverait à diminuer l'amour de sa fille pour les animaux recevrait mille écus et le grade de général dans les armées du royaume.
Les idées les plus folles furent proposées au roi qui n'en retint aucune. Pendant ce temps la princesse trouvait de nouveaux animaux de plus en plus étranges : chauve-souris, orvets, araignées.
Et puis, un jour de printemps, un homme se présenta au château du roi et demanda audience et disant qu'il avait la solution à son problème. Le roi, désireux de mettre fin à son cauchemar accepta de le recevoir.
L'étranger lui dit : Sire, j'ai là, dans ce sac la solution de votre problème avec votre fille. "Montre !!" lui dit le roi. L'étranger sortit alors de son sac un hérisson, bien gras et bien piquant. Le roi hurla "Tu te moques de moi, étranger, cet animal va augmenter la ménagerie de ma fille. Qu'on le jette en prison".
"Sire, lui dit l'étranger, écoutez-moi en secret juste un instant, je vous en conjure, et si mes arguments ne sont pas convaincants je veux bien aller en prison".
"Je t'écoute le dit le roi". L'étranger s'approcha du roi et lui parla longuement à l'oreille. Soudain le visage du roi s'éclaira d'un grand sourire et dit : "qu'on le laisse aller voir ma fille".
L'étranger dit à la princesse : Princesse j'ai là, pour vous un cadeau : il s'agit d'un animal rare, et qui porte chance. Il faut seulement le nourrir de vers de terre et surtout le garder toujours auprès de vous". Et il sortit le hérisson. Celui-ci resta quelques instants en boule sous les yeux étonnés de la princesse puis sortit ses pattes et se mit à trotter autour de la princesse. Les animaux familiers de la princesse s'approchèrent du hérisson et s'enfuirent assez vite. L'étranger se retira, la princesse courut au jardin chercher des vers. Aidée du jardinier elle creusa, trouva des vers qu'elle trouva dégoûtants et en rapporta toute une boite à son nouvel ami. Les jours passèrent La princesse réussit, très fière à jouer avec son hérisson sans qu'il se mette en boule. C'est à ce moment que les autres animaux refusèrent définitivement qu'elle les caresse. Tous s'enfuirent épouvantés par son odeur et ses puces : le hérisson sent très mauvais et est couvert de puces. Elle s'entêta jusqu'au jour où, désespérée par le dédain des ses chats et chiens, dégoûtée par l'odeur du hérisson, énervée par les piqûres de puces elle porta le hérisson dans le jardin , il s'empressa de s'enfuir. Les autres animaux ne revinrent pas vers elle pour autant. Elle n'avait plus que sa cage à oiseaux pour se consoler. Elle réfléchit et se dit que son père le roi avait raison et elle alla, d'elle-même se laver puis lui demander pardon. Le Roi, généreux lui accorda d'avoir un chat et un chien.
Moralité : en toutes choses il faut savoir raison garder.

​Hyppolite Chlorate

varvara belle, rebelle et....

ll était une fois une princesse qui cherchait un mari et n’en trouvait pas à sa convenance. Cette princesse était la fille d’un roi puissant et riche (Vous en connaissez des histoires de princesse fille de roi faible et pauvre, vous en connaissez ? Non, alors laissez- moi poursuivre en abandonnant vos petites remarques perfides. Si, si, je vous ai bien entendu dire ; « Encore une histoire de princesse à la guimauve »). On peut donc supposer que les prétendants auraient du être nombreux à postuler. Mais non. Pourtant Varvara était jeune et belle. Elle était grande, blonde aux yeux bleus et ses formes appétissantes. (Et voilà, encore une remarque laissant entendre que je me laisse aller à retenir le profil classique, aryen, toujours le même : la blonde aux yeux bleus). Vos remarques m’indiffèrent). Je reprends : Varvara n’était pas seulement belle et blonde. Elle était cultivée et sportive. Elle pratiquait le tir à l’arc, le judo et la course d’orientation. Elle avait lu tout Proust et ne manquait pas un numéro du « Chasseur Français » ni de « Nous Deux », c’est vous dire.
Elle avait donc tout pour plaire aux jeunes princes voisins du royaume de son père. Tous les ans à l’anniversaire de sa fille son père organisait une grande fête et invitait les rois voisins et les reines voisines pour trouver enfin un époux à sa fille. Comme c’était sa seule enfant le roi espérait que de ce mariage naitrait un garçon pour prendre sa succession. Le rôle du gendre était prévu : étalon la nuit, régisseur du domaine le jour.
Cette fête était grandiose. Seul le Prince de Ligne en avait organisé de plus belle dans son château de Bel Œil en Belgique. Les batailles navales organisées sur le lac du parc n’étaient pas aussi somptueuses et étonnantes mais elles plaisaient beaucoup au petit peuple qui était convié à assister gratuitement à cette fête. La journée commençait par un repas gigantesque dans le parc du château. Soyons plus précis : ce n’était en fait que l’ancêtre du sponsoring et du barbecue. En effet le roi avait vite compris que le barbecue permettait d’économiser sur le personnel, la vaisselle et les linges de table. Chaque confrérie du royaume apportait le foyer, le charbon de bois et les victuailles de sa spécialité. Les charcutiers faisaient la promotion de leurs saucisses grillées, les bouchers vantaient la qualité de leurs succulentes côtes de bœuf. Tous rivalisaient de discours aguichants pour attirer les mangeurs, futurs clients. Le roi fournissait le vin et la bière ce qui lui permettait d’utiliser la surproduction, fréquente dans le royaume. Après le repas le clou du spectacle était le concours opposant les prétendants éventuels. Ce concours, unique au monde était pratiqué depuis des générations dans le royaume. Plus personne ne savait quel roi avait exigé des prétendants à la main de sa fille de se prêter à cet exercice parfaitement débile mais qui a toujours beaucoup de succès. Ce concours était le suivant :
Chaque prince devait boire un litre d’eau du puits du château et après un délai chronométré avec précision de 21 minutes le jeune prince ayant accepté les règles du concours devait éteindre une bougie située à 2 mètres de lui par un jet d’urine continu et sans respirer. (Vous faites moins les malins là hein ? Fini la guimauve.. vous allez je suppose me traiter de vulgaire, d’obscène et pire encore ?) Ce concours devait permettre à la princesse de porter une appréciation objective sur l’organe copulateur du prétendant. Le prince qui avait effectué et réussi le test dans le délai le plus court était retenu pour un entretien avec la princesse. A l’issue de cet entretien la princesse devait déclarer retenir au non le prince lauréat du concours. Afin de distraire le peuple pendant cet entretien, secret comme il se doit, un grand feu d’artifice était offert aux invités.
Après le feu d’artifice un grand bal était organisé avec les seuls porteurs de fortunes et particules présents. Le petit peuple, comprenant que sa présence importunait, retournait dans sa chaumière digérer en paix.
Voilà bientôt cinq ans que cette fête avait lieu et à chaque fois la princesse revenait seule dans la salle du bal. Les invités supposaient que le prince recalé avait trop honte et était parti discrètement afin d’éviter les regards compatissants ou méprisants. Seul le roi laissait échapper son courroux en traitant le prince de pisse-vinaigre, de couille-molle, d’impuissant et pire encore. Afin de donner le change, le roi invitait sa fille à danser et tout le monde comprenait bien que ce qu’il chuchotait à l’oreille de sa fille n’était pas un lot de compliments.
Les heures passant, peu à peu les invités se retiraient. Sur le matin, seules restaient quelques jeunes femmes amies de longue date qui conjuguaient leurs efforts pour aider la princesse à oublier. Une lui apportait un verre d’orangeade, une autre l’invitait à danser en lui murmurant des paroles de consolation à l’oreille. Des conciliabules ponctués d’éclats de rire s’organisaient autour de tables encore couvertes de flutes de champagne. Et puis les dernières copines de la princesse partirent à leur tour. Sauf une qui accompagna la princesse dans ses appartements.
Vous avez compris ? Et oui, la princesse n’aimait pas les hommes. Mais cela ne serait rien si dans sa garde-robe secrète les cadavres de prétendants n’étaient pas suspendus à un clou prévu pour d’autres usages.

Hyppolite Chlorate